Vidéo Broadcasting System

Jusqu’à fin 1984, la France dispose de trois chaînes de télévisions, réunies au sein d’une société publique et tenues sous l’autorité du pouvoir exécutif.

La Loi du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle va constituer un tournant.

La chaîne Canal + commence ses émissions en novembre 1984, TF1 devient une chaine privée en 1986, la Cinq émet en Février 1986, M6 en Mars 1987. Dès 1984 un ambitieux plan câble est lancé par le ministre des PTT Louis Mexandeau, qui a vocation à mailler le territoire et offrir 1,4 million de prises de raccordement.

Cette révolution de l’audiovisuel a un effet collatéral majeur ; l’explosion de la publicité, ses formes et son économie, condition d’une croissance de l’audiovisuel privé.

Sous la couche audiovisuelle industrielle, rapidement gelée par les mœurs institutionnelles, couvent des gisements de jeunesse, d’énergie, d’inventivité et d’ambitions. Comme pour les radios libres, les jeunes sociétés de production susciteront l’éclosion de nombreux talents nouveaux.

Plonger dans l’univers de la télévision, de la vidéo et de la publicité est une aventure exaltante. Je rejoins en 1984 une bande de fous indisciplinés, insolents et insomniaques, qui va construire une entreprise à son image : Vidéo Broadcasting System.

 

 Vidéo Broadcasting System produit un magazine vidéo diffusé sur le canal interne des hôtels de luxe à Paris.

Vidéo Broadcasting System produit un magazine vidéo diffusé sur le canal interne des hôtels de luxe à Paris.

Ce magazine vidéo est né d’une constatation : le secteur du luxe, en 1985 est une niche inexploitée et l’introduction de la télévision privée et des réseaux câblés dans ce secteur apparaît comme une opportunité exceptionnelle.

Mon plus proche ami à l’époque termine Sciences-po à Paris et me propose de rejoindre l’entreprise qu’il vient de créer, ainsi que son équipe qui ne connaît rien à l’audiovisuel mais possède une qualité essentielle : une absolue confiance en soi. De mon ami Pierre, on aurait pu citer la célèbre phrase : « Il ne savait pas que c’était impossible, alors il l’a fait ». Pierre, donc, fort d’un enthousiasme inébranlable doublé d’une capacité de travail proprement phénoménale, réunit une magic team, crée une entreprise et invente la chaîne de télévision câblée dédiée à l’univers du luxe. 

Les bureaux sont improvisés dans un atelier d’artiste rue Notre Dame des champs. Le jour de ma visite, l’équipe a dégondé les portes, les ont posées sur des tréteaux et travaille dessus. Pierre me dit d’un air désolé, « on n’a plus de portes, mais on a un téléphone pour toi ». J’ai commencé assis par terre.

Le succès aidant, VBS s’installe à Monaco (un contrat est conclu avec la SBM, Société des Bains de Mer), sur la côte d’Azur à Cannes et Nice et une antenne est créée en Scandinavie. Les entreprises du secteur du luxe ne possédant pas d’images, il faut les produire. VBS va donc filmer les défilés de mode, interviewer les grands couturiers, les joailliers, les dirigeants de sociétés de limousines, châteaux-hôtels, hélicoptères, et tout ce que réclament les clés d’or des palaces pour leurs clients.

Je m’occupe tout d’abord de composer le conducteur du magazine. J’assure le choix des sujets, je rédige les commentaires, je pars à la recherche des images auprès de FR3, à l’époque seule source d’images disponibles, et j’assure les tournages car il nous faut le plus souvent produire les images.

Après quelques mois d’activité, le chiffre d’affaire de VBS permet d’acheter le matériel vidéo : les premières cameras Bétacam introduites en France par Sony, les bancs de montage ½ pouce. Chacun de nous s’essaye à ces nouveaux outils. J’ai l’impression de passer mon permis de conduire au volant d’une Maserati.

Simultanément, une demande nouvelle émerge des entreprises : le film institutionnel. Au sein de VBS, je deviens l’interlocuteur des PME et des grands groupes pour lesquels un film institutionnel devient une soudaine priorité. Je mets mes connaissances fraîchement acquises au service de la communication institutionnelle. Le film d’entreprise aura son festival, ses stars, ses réalisateurs, ses prix, sa presse et un grand caravansérail de la Communication s’installera à Biarritz pour deux semaines chaque début d’été.

Nous produisons des images et du discours institutionnel en flux tendu. Nous signons les contrats le jour et fabriquons les images la nuit.

La joyeuse équipe gagne beaucoup d’argent et en perd autant avec une belle désinvolture : je ne sais plus lequel d’entre nous arrive un soir triomphant : « les amis, demain matin à huit heures nous avons la visite du directeur général adjoint de Thomson. Pensez à faire le ménage ! » Et chacun repart à ses occupations; tournage, montage, scénarios, préparation des pâtes à la carbonara et aide très appuyée à la stagiaire de l’EFAP qui doit écrire son rapport. Le directeur général adjoint est aussitôt oublié. Ponctuel, il sonne à huit heures tapantes. Nous disposons alors de deux ateliers face à face qui abritent les studios, les canapés pour dormir, les placards pour les costumes et les brosses à dents, les cuisines pour les banquets, et les bars pour les noctambules que nous sommes tous. Donc, il est huit heures du matin et l’éminent futur client est devant la porte. La porte est ouverte par un futur millionnaire de l’audiovisuel mais ça ne se voit pas car il est en caleçon. Le directeur: « Pardon, j’ai rendez vous avec Monsieur A. de la société VBS, mais j’ai dû me tromper ». Réponse inspirée du caleçon qui se rappelle de la visite annoncée : »Oui oui, pas de problème, c’est en face ! ». Coup de sonnette en face. La porte s’ouvre sur un sublime mannequin noire, vêtue de son seul talent scénique, qui est immense. Et qui souffle en baillant « ouiiiiiii ? ». Bredouillement de l’ex-futur client et départ en courant. Curieusement Thomson ne confiera pas à VBS ses budgets de communications.

Au sein de VBS, j’apprends à maîtriser la technique et le discours, la réalisation et la stratégie, je maîtrise les coûts et j’apprends l’art du business-plan. Ces connaissances concrètes et pratiques me valent par exemple de participer à l’organisation du colloque « Gérer la Culture » à la demande du ministre François Léotard en 1987 et de collaborer avec le cabinet d’audit qui a été appelé à réformer le service audiovisuel des PTT en 1987.

Mais cet apprentissage me permet surtout de répondre à un défi passionnant qui se présente en 1986 : la création par la RATP d’une chaîne publique vidéo d’actualités installée sur le réseau métro et RER.